Non Lieu

  • Depuis le 22 février 2020, le mouvement populaire algérien (hirak), entame sa seconde année de manifestations pacifiques. Après avoir obtenu la fin du règne d'Abdelaziz Bouteflika, et après l'élection d'un nouveau Président, il exige désormais la fin du système rentier et l'avènement d'un système démocratique. Cette exigence n'est pas nouvelle. Elle trouve ses origines dans les événements d'octobre 1988 et les réformes démocratiques qui s'en suivirent. Cependant, celles-ci furent violemment interrompues. La tragédie des années 1990 étouffa la transition vers un système démocratique, mit fin au projet islamiste de transition vers un système théocratique, et assura la résurrection du système rentier. Héritant de ce système, Bouteflika l'étendit à sa guise, grâce à une embellie pétrolière exceptionnelle. Jusqu'à ce 22 février 2019 qui vit des millions d'Algériennes et d'Algériens descendre dans la rue pour reprendre, pacifiquement et durablement, le flambeau de la lutte : après avoir libéré le pays, il s'agissait désormais de libérer les Algériennes et les Algériens. Tout au long de cet essai, l'auteur analyse, en profondeur, ce cheminement transitionnel, long, chaotique, violent et toujours incertain qu'a suivi l'Algérie depuis 30 ans.

  • L'exode

    Benjamin Fondane

    • Non lieu
    • 20 Octobre 2020

    Au départ, dans les années 1930, L'Exode est un poème dramatique à plusieurs voix qui évoque la déportation et l'exil des juifs à Babylone sous Nabuchodonosor au VIIe siècle av. J.-C. Pendant l'Occupation, Fondane a repris son poème pour y insérer le récit d'un autre exode, qu'il a vécu, celui des Parisiens fuyant la capitale devant l'avancée allemande en juin 1940. Du coup, l'histoire des juifs relue et réactualisée prenait une dimension universelle. Enfin, il a fait précéder son poème de ce grand texte prophétique qu'est la « Préface en prose »:

    C'est à vous que je parle, hommes des antipodes, je parle d'homme à homme, avec le peu en moi qui demeure de l'homme, avec le peu de voix qui me reste au gosier, mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il ne pas crier vengeance! L'hallali est donné, les bêtes sont traquées, laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots que nous eûmes en partage - il reste peu d'intelligibles! Un jour viendra, c'est sûr, de la soif apaisée, nous serons au-delà du souvenir, la mort aura parachevé les travaux de la haine, je serai un bouquet d'orties sous vos pieds, - alors, eh bien, sachez que j'avais un visage comme vous. Une bouche qui priait, comme vous.

  • Les débats partisans autour de la « crise migratoire » tendent à masquer l'accroissement, la modification et la diversification des phé- nomènes de traite des êtres humains au Moyen-Orient, en Afrique et en Europe. Ceux-ci sont pourtant révélateurs de changements sociétaux profonds. Mettant en lumière les fonctionnements et mécanismes actuels de la migration irrégulière, les constats de terrain relatifs à la massification de l'exploitation sexuelle ou à l'utilisation croissante d'enfants pour commettre des délits en Europe, illustrent combien le développement de rapports d'exploitation est le signe d'une modification de l'ordre social. Ils interrogent sur les conséquences sociales de la sécurisation des frontières et de ses effets sur l'essor du crime organisé.

    C'est grâce à un important travail de terrain de plus de 5 ans en Afrique, au Moyen Orient, dans les Balkans et en Europe occidentale que ce livre rend compte de ces situations d'exploitation contemporaines. Les nombreux témoignages recueillis à Calais, en Grèce, au Niger, au Mali, au Liban, sur la route des Balkans, donnent un éclairage inédit aux migrations contemporaines et à leurs enjeux sociétaux.

  • Nous étions cinq est un roman sur l'enfance, tout en humour et en poésie, rédigé par Karel Pola.ek pendant l'Occupation nazie en 1943. Cette plongée tendre et drôle dans l'atmosphère de son enfance peut aussi se comprendre comme un moyen de fuir la réalité quotidienne de la Seconde Guerre mondiale.
    Non sans rappeler La Guerre des boutons de Louis Pergaud, Nous étions cinq relate les (més)aventures d'une bande de copains à Rychnov nad Kn..nou, bourg du nord-est de la Bohème, au début du XXe siècle, notamment leurs vaines gesticulations pour se faire embaucher dans un cirque itinérant, ou encore leur tentative, douloureuse, d'apprivoiser un essaim de guêpes.
    L'écriture de Polacek use alternativement d'un langage familier et d'un langage soutenu (notamment pour les descriptions), suscitant un contraste entre la réalité de la vie dans une petite ville de province et sa perception par des enfants d'une dizaine d'années. Les dialogues, toujours drôles, en exprimant la vision enfantine des réalités du monde des adultes donne à l'auteur le moyen de faire une peinture au vitriole de la société tchèque.
    Publié après sa mort en 1949, Nous étions cinq est un classique de la littérature tchèque. En 1995, ce roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique.

  • Occident express

    Matéi Visniec

    À travers la métaphore d'un train de luxe qui ne circule plus (c'est le célèbre Orient Express), l'auteur nous fait découvrir les fantasmes de ceux qui, à l'Est, ne pensent qu'aux « merveilles » de l'Ouest, de l'Occident, de la démocratie accomplie... Oh, l'Occident, cet Eldorado tant rêvé !
    Avec tendresse et humour, Matéi Visniec nous propose une galerie de personnages qui ne pensent qu'à partir, goûter à l'abondance occidentale, profiter de la société de consommation, sentir enfin (au moins une fois dans leur vie) l'extase de la liberté et de la réussite... Ainsi ce vieillard aveugle ayant connu tous les camps d'internement à l'Est et qui nous entraîne dans un inventaire post-communiste où se mêlent la nostalgie de l'Orient Express, l'affairisme et le proxénétisme d'une base militaire américaine, l'envie de pisser sur toutes les frontières qui l'ont empêché de vivre, l'importance idéologique des emballages occidentaux dans la chute du Mur et la notion révolutionnaire de « peuple fluide » imaginée par un doctorant chaque fois recalé...
    Occident Express est d'abord un voyage initiatique dans les Balkans (si loin, si méconnus et si malaimés), mais aussi la radiographie lucide du capitalisme sauvage qui a remplacé à l'Est l'utopie communiste. Cette pièce est enfin une reflexion sur le difficile rapprochement entre les deux Europes séparées par un demi-siècle d'histoire mouvementée.

  • À la fin de la présidence de B. Caid Essebsi, nombre d'observateurs manifestaient leur pessimisme, quelques-uns craignant même une restauration autoritaire. Kaïs Saïed, le vainqueur de la seconde élection présidentielle (13 octobre 2019), l'emporta en mobilisant à son profit particulièrement un électorat jeune sensible à l'invocation des mânes de la révolution de 2011 et en réactualisant ainsi une espérance populaire. Ce que, sans préju- ger de sa suite, révèle ce dernier épisode, c'est à coup sûr que le Printemps de 2011 n'est pas une utopie obsolète.
    Pour ne céder ni au scepticisme ni au lyrisme sauvage, il faut revenir sur cette année d'une lutte obstinée entre un peuple insurgé et de nouvelles forces plus ou moins infor- melles veillant à la réalisation des objectifs de leur mouvement et des élites résilientes issues des rangs et des oppositions de la République autoritaire et tentant d'orienter le cours des événements aux fins de leurs idéologies et de leurs intérêts. Ce sont les rudes combats et débats de cette année 2011 qui sont ici analysés et restitués.

  • L'Ange de Sodome Nouv.

    L'Ange de Sodome, publié en 1927 à Madrid, connut un grand succès populaire et une nouvelle édition dès 1929. Il est considéré comme le premier roman gay de la littérature espagnole. L'au- teur, hétérosexuel, s'intéresse à l'homosexualité sous l'angle de l'observation chère aux natura- listes, sans jamais la condamner.
    José-Maria, son protagoniste, découvre ses penchants érotiques au milieu de son environne- ment familial fermé. On ne compte pas ses plaintes ni ses tentatives pour devenir un autre mais, là où Alfonso Hernández-Catá se démarque de ses contemporains, c'est lorsqu'il prête à son personnage des réflexions laissant à penser qu'il pourrait bien s'accommoder de son destin.
    Si, au fond, tout cela n'était pas aussi grave qu'il le pensait. Le dégoût que lui inspire son homo- sexualité n'est peut-être rien d'autre que le fruit de sa propre éducation ? Il n'est pas victime de l'opprobre publique même si c'est sa plus grande crainte. Voila pourquoi il en arrive à échafau- der un plan qui lui permettrait, après avoir accompli son devoir familial, de partir ailleurs pour vivre selon sa nature...

  • Qu'en est-il de la femme dans le Coran, l'a-t-il à ce point grandie pour qu'on en fasse autant la louange, ou bien l'a-t-il déconsidérée, et jusqu'à quel point ?

    Au-delà du rapport du Coran à la femme présent tout au long du livre, au-delà de la représentation islamique d'un corps féminin diabolisé et du statut quasi servile de la femme, le livre aborde des questions taboues, se rapportant à l'institution des « mères des croyants ». Il en dévoile les non-dits en décryptant le texte sacré selon une démarche nourrie par les sources les plus autorisées.

    Comme le souligne l'introduction « le thème profond de ce livre est la contestation féminine à la naissance de l'islam et la façon dont les textes religieux, Coran et Sunna, l'ont étouffée et ligotée, en un mot enchaînée ».

    Mohammed Ennaji « n'a pas froid aux yeux » dans son approche du sacré, l'expression est de Régis Debray dans sa préface à un autre titre du même auteur. Elle se vérifie à nouveau dans Le Corps enchaîné.

  • Ulysse, figure de l'émigrant, de l'errant, incarne le destin de l'homme, du poète et du « juif naturellement et cependant Ulysse ».
    Ulysse que nous publions ici est la première version du poème paru dans les Cahiers du Journal des Poètes, à Bruxelles, 1933. Cette version d'Ulysse que Fondane a maintes fois remaniée n'avait pas été publiée depuis 1933.

  • Rimbaud le voyou

    Benjamin Fondane

    • Non lieu
    • 10 Novembre 2010

    Rimbaud le voyou fut du vivant de Benjamin Fondane et demeure après sa mort son livre le plus lu.
    Dans cet essai polémique, il dénonce les tentatives de récupération du poète des Illuminations tant par les surréalistes que par des écrivains catholiques. Pour lui, si Rimbaud atteint au mythe, c'est paradoxalement parce que son oeuvre paraît trancher de tout son éclat le noeud gordien qui lie la création artistique à la vie. Conjointement à sa lecture du philosophe Léon Chestov, Fondane clans son essai en sonde_ la portée éminemment existentielle.
    La thèse du " voyou " met en tension le " tempérament métaphysique " de Rimbaud, sa soif d'absolu, sa " gourmandise ", et la valeur programmatique de la " Lettre du Voyant ", qui revient selon Fondane à tricher en s'emparant " de l'Inconnu par un coup de force ".

  • Ce recueil de l'essayiste et sociologue Albert Memmi, auteur du Portrait du colonisé (ouvrage publié en 1957 avec une préface de Jean-Paul Sartre) rassemble une quarantaine de textes courts, de diverses sources (articles parus dans la presse, en revue, communications lors de congrès, entretiens, textes inédits...).
    Sa finalité est double : rendre à nouveau disponibles à qui s'intéresse à cette oeuvre des textes difficiles d'accès. Il s'avère donc être un complément indispensable aux différents ouvrages, puisqu'il couvre les différentes problématiques abordées par Memmi durant sa vie intellectuelle : colonisation/décolonisation, judaïsme et judéité, identité culturelle, dépendance, racisme, laïcité. D'autre part, cet ensemble démontre à quel point cette pensée n'a rien perdu de sa pertinence, ni de son actualité. Un entretien entre Hervé Sanson et Albert Memmi en préambule permet de tracer des parallèles entre les textes et ce que pense Memmi aujourd'hui.

  • Ce recueil n'a jamais été réédité, Voronca est un grand poète qui mérite d'être redécouvert, et l'on envisage, après cet avant-goût, de faire l'oeuvre poétique complète.

  • Grande figure de la Résistance, Germaine Tillion est entrée au Panthéon en mai 2015 en même temps que Geneviève de Gaulle-Anthonioz (avec laquelle elle se lia à Ravensbrück), Pierre Brossolette et Jean Zay.

    Décédée en avril 2008 à l'âge de cent un ans, Germaine Tillion a connu un destin exceptionnel. Ethnologue et historienne, elle a commencé ses recherches en Algérie auprès des populations Chaouias des Aurès. Revenue en France à la veille de la guerre, elle fut l'une des premières résistantes en liaison avec le réseau du Musée de l'Homme, avant d'être arrêtée, emprisonnée à Fresnes puis déportée à Ravensbrück.
    Après avoir travaillé sur la déportation, elle retourna en Algérie pendant la guerre d'indépendance pour diverses missions, officielles ou officieuses, d'information et de conciliation, cherchant à empêcher l'horreur qui s'installait dans les deux pays.

    Les textes et documents réunis dans ce volume s'attachent aux multiples actions de l'ethnologue, particulièrement en Algérie, ce qui lui valut d'être souvent désignée comme Tillion l'Algérienne.

  • La revue Front noir (1963-1968) fut créée par Louis Janover, avec un groupe d'amis, après qu'il a quitté le groupe surréaliste. Cette revue fait entendre une note différente de celle des autres avant-gardes de ce temps (lettrisme, situationnisme) en cherchant à concilier les prises de position politiques radicales et une expression poétique et artistique sans concession.
    - Le positionnement politique est celui du socialisme de conseils, théorisé en France par Maximilien Rubel, qui s'appuie sur la pensée de Marx pour critiquer tous les marxismes.
    - L'expression poétique entend répondre aux exigences qui furent celles des surréalistes aux débuts de leur mouvement (indépendance, spontanéité).
    L'ouvrage comprend :
    - une étude de Maxime Morel présentant l'histoire et les orientations de la revue.
    /> - un choix de textes de la revue et des brochures qui ont suivi. Sont reprises aussi les illustrations de Gaétan Langlais et Le Maréchal.
    - une postface de Louis Janover, qui fut au coeur de cette expérience.

  • M. Petrovic, monument d'immoralité vivant dans une retraite extrême, se plaît à mettre sa vie en scène. À travers 99 chapitres étalés de mars à septembre d'une même année au début du xxi e siècle, Petrovic interprète les derniers actes de sa vie, ou plutôt : il exécute une sonate funèbre en l'honneur de son existence immorale, une sonate en trois mouvements clôturée par un adagio sostenuto.
    Monsieur Petrovic ressemble à la ville de Troie : meurtie et souillée. Il a pourtant soutenu le siège durant des années avant que ne pénètre en lui la belle Marina - une manipulatrice qui ébranla son équilibre intérieur et parvint à le détruire.
    La souffrance et la chute de cet homme autrefois puissant, ancien homme de confiance du Parti socialiste serbe qui a sali tout ce qu'il a touché, finit par provoquer la sympathie du lecteur, même chez celui que cet homme avait d'abord révulsé.

  • Après un historique de la peinture dans le royaume chérifien depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu'à l'indépendance du pays, s'étant attaché à ses relations avec les grands courants de l'art occidental, Maurice Arama propose le dictionnaire de tous les peintres qui ont séjourné et qui ont peint au Maroc, Pendant près de deux siècles, une prodigieuse cohorte de peintre a traqué la pluralité des facettes marocaines : Delacroix, Dehodencq, Matisse, Marquet, Camoin, Clairin, Van Dongen, Marcelle Ackein, Francis Bacon, Balthus, Nicolas de Staël, Limouse, Edy Legrand, Marcel Vicaire, Raoul Dufy... Aux côtés de ces grands noms de la peinture européenne, figurent une multitude d'autres peintres talentueux dont les oeuvres font le bonheur des amateurs et des collectionneurs. Plus de 450 peintres donnent lieu à une notice, presque toujours illustrée.
    Maroc. Le Royaume des peintres est à la fois un ouvrage de référence, le plus complet à ce jour, recensant les artistes qui ont donné à voir le Maroc, et un livre d'art, somptueusement illustré, avec une multitude de documents inédits.

  • La naissance du fascisme

    Ivo Andric

    • Non lieu
    • 13 Juillet 2012

    Andric est âgé de 28 ans lorsqu'il est nommé à l'ambassade du royaume des S. C. S. auprès du Vatican. Cette nomination qui intervient en 1920 va lui permettre de vivre de l'intérieur, en temoin " privilégié ", l'atmosphère insurrectionnelle et le chaos qui règnent en Italie, puis la montée inexorable et violente de la réaction. Ce dont il rend parfaitement compte dans La Révolution fasciste qui paraît à Zagreb dès 1923. Deux séjours ultérieurs en Italie le conforteront dans son appréhension (dans les deux sens du terme, perception et crainte) du fascisme, et ses affectations à des postes plus ou moins éloignés de la péninsule italienne ne l'empêcheront pas de suivre pas à pas l'extension, l'expansion de la dictature mussolinienne et à nouveau de les présenter au public dans six textes (dont certains signés du pseudonyme " Res ") qui paraîtront entre décembre 1923 et mai 1926, le dernier délaissant l'Italie du Duce pour la Bulgarie qui, alors, paraît s'engager lentement mais sûrement sur une voie qui non officiellement proclamée fasciste y ressemble à maints égards.
    A la lecture de ces textes, le lecteur est frappé par la finesse et la justesse de l'analyse proposée par Ivo Andric. Quoique contemporains de la montée du fascisme, ces écrits semblent aujourd'hui nettement postérieurs, comme rédigés par un historien qui aurait bénéficié d'un net recul dans le temps pour se pencher sur l'avènement de ce monstre que fut le fascisme.
    Complètent le présent recueil deux textes légèrement antérieurs puisque datés de 1921 et 1922 Le Dernier Roman de F.F. Marinetti et Un livre de guerre de Gabriele d'Annunzio. Ils sont en quelque sorte le contrepoint des écrits plus politiques présentés ici et illustrent l'autre domaine d'activité du Ivo Andric trentenaire : la critique littéraire qu'il mène en parallèle avec ses propres essais de création.
    Ces neuf textes d'Ivo Andric sont inédits en français.

  • Au retour de son périple au Maroc effectué en 1832 avec la mission française dirigée par le comte de Mornay, Delacroix a fait une escale de quelques heures à Alger, le temps de se promener à la Marine puis dans la Casbah, et de rendre visite au foyer de Sid Abdallah. Le moment passé dans cette maison lui a inspiré un immense chef d'oeuvre : Les Dames d'Alger dans leur appartement.
    Une toile qui reçut un accueil mitigé au Salon de 1834. Une toile qui n'a pas fini de livrer ses secrets.
    Maurice Arama effectue une véritable autopsie de cette oeuvre en s'appuyant sur les Carnets et sur les croquis préparatoires. Il s'attache aussi à retrouver l'état d'esprit du peintre, plongé dans l'amertume par le spectacle des destructions effectuées par l'autorité française.
    Une toile qui connut une remarquable postérité, avec des réinterprétations par de nombreux peintres, jusqu'à Picasso.

  • Titanic

    Benjamin Fondane

    Benjamin Fondane était un sismographe, a pu écrire Maurice Roche, non pas qu'il enregistrait les secousses, mais parce qu'il les prévoyait. Ses poèmes annonçaient le désastre imminent qu'allait connaître les juifs et l'humanité tout entière. C'est particulièrement vrai du recueil Titanic, écrit en 1936, au moment où le Front populaire arrivait au pouvoir en France et où Fondane effectuait son second voyage en Argentine afin d'y tourner le film Tararira, alors qu'il espérait trouver dans ce pays une terre d'exil.

    C'est un re^ve effrayant et je m'y trouve encore.
    - Une chose mouvante et qu'on appelle Terre coule a` pic, lentement, hors du regard de l'e^tre...
    A` ba^bord, le linge se`che comme avant le de´luge, calme le jeu d'e´checs se poursuit, un pion avance, la danse dans le hall pe´ne`tre dans les chairs avec l'odeur sucre´e des tropiques... [...].

    A` cinq minutes de la fin du monde l'orchestre attaque le Tonnerre...
    La Beaute´ meurt d'e´puisement sur les genoux des spectateurs e´mus par cette Nuit savoureuse entre toutes...

  • Qu'en reste-t-il des Printemps arabes de 2011 ? Un e´chec ge´ne´ral des re´volutions arabes et le relatif succe`s d'un seul pays, la Tunisie. Pourquoi la Tunisie ? Pour re´pondre a` cette interrogation, apre`s avoir remis en perspective historique la question d'une « exception autoritaire arabe », une comparaison s'imposedes trajectoires des insurrections tunisienne et arabes .
    Dans les Printemps arabes, le temps insurrectionnel tunisien occupe une place a` part : il les pre´ce´da tous et servit aux autres peuples de moteur et de mode`le. Il fut particulie`rement complexe dans son de´roulement et son issue, la chute du pre´sident Ben Ali, re´sulta d'une exceptionnelle, voire ale´atoire, combinatoire de facteurs qui est ici reconstitue´e. Aux portes d'une Libye chaotique et au terme de quatre anne´es de combats et de´bats souvent durs, la Tunisie est entre´e dans une phase post-re´volutionnaire et be´ne´ficie depuis et jusqu'ici d'un re´gime de´mocratique d'une « solide fragilite´ ».

    S'agissant des autres pays du front des Printemps arabes, voire de l'ensemble du monde arabe, qui peut se´rieusement dire, au regard d'un retour dans ces re´gions du se´culaire « Grand Jeu » international, que les apparents e´checs et impasses actuelles sont imputables a` un de´ficit de´mocratique des peuples arabes, qui peut assurer que, la` ou` elles semblent en panne actuellement, la page des re´volutions lance´es en 2011 est de´finitivement tourne´e ? Les « temps insurrectionnels » tunisien et arabes sont a` coup su^ r porteurs pour aujourd'hui de re´flexions et d'enseignements particulie`rement forts.

  • Pourquoi Hécube

    Matéi Visniec

    Dans cettepièce, certainement l'une des plus sombres écrites par Matei Visniec, Hécube, reine tragique dépeinte par Euripide, mère meurtrie, symbole de la douleur infinie, interpelle encore.
    Parce que le monde n'a pas vraiment beaucoup changé : les hécubes se sont, en effet, multipliées et, par une sorte de malédiction historique, exactement dans les régions où autrefois avait lieu la guerre de Troie, le sang continue à couler, les mères enfantent sans cesse des guerriers.
    Matéi Visniec n'actualise rien. Mais il pousse Hécube à apostropher les dieux. Quand elle frappe à la porte de l'Olympe pour poser cette question simple mais essentielle : « pourquoi ? », furieux, irrité par son insistance, Zeus s'indigne: « comment une mortelle a-t-elle pu avoir la force de venir jusqu'ici pour nous interpeller ? » L'un des dieux répond: « lors de la création du monde, cette règle fut inscrite dans ses fondations : lorsque le poids de la douleur d'une mère devient plus lourd que le poids du monde, elle a le droit de demander des comptes. » Pourquoi Hécube, souvent jouée, jamais publiée jusqu'à aujourd'hui, est le cinquième livre de Matei Visniec aux Éditions Non Lieu.

  • L'oeuvre d'Ibn Khaldoun, dont sa désormais célèbre Al Muqaddima, introduction à l'Histoire universelle, ne fut connue en Occident qu'au milieu du xxe siècle. On découvrit alors un prodigieux savant, dont les travaux, réalisés au xive siècle, faisaient de lui un précurseur de génie de plusieurs disciplines scientifiques.
    Au cours d'une vie tumultueuse, Ibn Khaldoun parcourut les royaumes berbères du Maghreb et séjourna en Andalousie. Acteur clé de son temps, il y fut tour à tour ministre, professeur, juge, diplomate et savant.
    À l'occasion du 600e anniversaire de la mort de ce génie maghrébin, Smaïl Goumeziane publiait ce petit essai où il analysait, sous un angle inédit, et sur fonds d'histoire du Maghreb, les apports essentiels d'Ibn Khaldoun aux sciences humaines.
    /> Ce travail, approfondissant les causes du déclin du Maghreb depuis la chute de Grenade, remonte jusqu'au xviiie siècle et renoue les fils de la pensée khaldounienne et ceux du siècle des Lumières.
    C'est cet essai brillant sur une figure illustre de la Méditerranée que nous republions aujourd'hui.

  • Dans la nasse

    Mahmoudan Hawad

    Face à l'amnésie, comment exister ? Dans ce texte, Hawad s'adresse à l'Azawad en tant que partie de lui-même - c'est-à-dire du Touareg qu'il est -, une partie qui a atteint une telle étape de souffrance, de misère, d'oppression, qu'elle accepte l'effacement derrière les étiquettes qu'on lui accole. À travers ce personnage évanescent, au bord du gouffre, privé de parole, d'espace, de droit à l'existence, Hawad tente de raccommoder une silhouette capable de se redresser. Il cherche à métamorphoser la souffrance en terreau de résistance, une résistance d'un autre type, qui nécessite de revenir à soi-même, à son imaginaire, à sa manière de penser le monde autrement. Le chemin est long. Hawad se sert de la poésie, « cartouches de vieux mots,/mille et mille fois faussés, bricolés, rechargés », comme outil de résistance.

  • La cabaret dada

    Matéi Visniec

    Le Cabaret Dada est une pièce hommage au fondateur du Dadaïsme, Tristan Tzara. Écrit pour le centenaire du mouvement Dada, ce texte absurde et irrévérencieux refait vivre les soirées déjantées du Cabaret Voltaire à Zürich en 1916 autour de personnages plus vrai, et donc plus fous, que nature : Tzara lui-même, Marcel Janco, Hugo Ball, Jean Arp... Lénine. En contrepoint, et pour justifier l'entreprise de sapeur du vieux monde des poètes, d'autres personnages apparaissent, sinistres et grotesques : Staline, des généraux, des patriotes... Car hors du Cabaret, c'est la guerre, c'est l'horreur, la monté des totalitarisme et l'abdication de la pensée. Tant de maux que dénonçait Dada, autant de mots porteurs de violence que dénonce aujourd'hui Matéi Visniec.
    Une lecture du Cabaret Dada est déjà programmée au Festival d'Avignon en juillet 2017. La pièce sera aussi montée à Paris en automne 2017.

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