• « Tenter de soustraire au maximum le facteur humain, trop humain, du système hospitalier, c'est prendre le risque que ce système s'effondre. Il faudra quand même, un jour, se demander si c'est bien. »Stéphane VelutTout juste soixante ans se sont écoulés depuis la création des Centres hospitaliers universitaires. Ces structures sont le coeur d'un système à la réputation excellente. Mais ce coeur s'est emballé. Le corps soignant s'épuise et les patients s'inquiètent. Les crises se succèdent avec leurs ordonnances de vains remèdes. Le mal est profond. Il s'entend dans le nouveau langage qui s'est imposé au sein des pratiques hospitalières. Tel est l'éloquent symptôme qui révèle le dessein de faire de l'hôpital une nouvelle industrie, au mépris de son humaine justification. Un dessein indicible, qui rêve de rabattre le soin dans la technicité abstraite et gestionnaire de notre société.

  • «On s'en fout d'être pauvre. On a beau patauger au camping de la Mouette, sortir encore de taule, quand on a le panache d'un Flink et le coup du siècle en vue, on fonce. À Cannes, au festival, on va crever l'écran, s'en mettre plein les poches. Fini la caravane, la gadoue et l'eau froide, demain ça sera l'aisance : pour la mère une baignoire et une télé toute neuve ; pour Meert un endroit où dormir. Ensuite on s'offrira une virée italienne, en Triumph par exemple, avec Hélène chérie. Et tant pis si ça foire, au cimetière c'est pas la place qui manque.» Sous son masque ironique, Stéphane Velut sait trouver la juste distance avec le grotesque de ses personnages - dignes cousins des affreux, sales et méchants de la comédie dramatique à l'italienne -, non pour les sauver ou les juger, mais pour s'inspirer à leur contact d'un vitalisme désespéré.

  • Cadence

    Stéphane Velut

    « J'habite Betrachtungstrasse. Au 18 précisément. J'y suis depuis un an. Cette nuit est ma dernière ici, je vais quitter ce lieu et je suis affligé. Je suis affligé parce que tout ici me ressemblait - on me dit peu accueillant. C'était ma tanière, mon trou, mon chantier.» Munich, 1933. Un peintre, chargé d'exécuter le portrait d'une enfant louant l'avenir radieux de la nouvelle Allemagne, se cloître en compagnie de son modèle. Mais c'est tout autre chose qu'il fait de sa jeune pensionnaire et qu'il déploie comme un cérémonial au fil de son récit. Car ce sont ses carnets que l'on lit ; le narrateur y prend son lecteur à témoin.
    On hésitera à discerner dans cet étrange huis clos le jeu du rite ou de la soumission.

  • « Et voilà l'Occident face à sa vulnérabilité. Tétanisé, il fait le hérisson. Fragile, il n'a pas le choix. La vitesse, dont il avait naguère fait sa façon de vivre, de croître et de communiquer, soudain le fit trembler. À l'heure près, il devint attentif aux voyages du virus en question, des grippés, des fiévreux, des tousseux et même des porteurs sains, bref, tous les êtres humains. L'inhibition de l'action fait oeuvre d'ultime parade.
    Mais cela ne suffit pas car la réalité s'impose. Se terrer ne suffit pas. Derrière : le hérisson, mais devant : l'hôpital. »
    Stéphane Velut

  • Le terme de "système de soins" est le plus judicieux des termes consacrés par le langage qualifiant le dispositif sanitaire des pays industrialisés. Il n'y a pas de procédés performants à grande échelle sans système. Soigner efficacement n'échappe pas à cette règle. Mais tout système appliqué à l'humain le déshumanise. D'abord parce que systématiser c'est voiler la singularité. Aussi parce que la technique a scindé l'être en entités sur lesquelles l'acteur de santé n'est compétent que ponctuellement. De cette parcellisation résulte une incompétence à saisir l'être.

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